Yves Coppens Jacques Malaterre Louis Dandrel Pierre Pelot La fiche technique


« 90 minutes : le film

Il y a trois cent mille ans, le premier représentant direct de notre espèce apparaît sur terre. Il va peu a peu remplacer tous les autres hominidés. Il va explorer la terre, atteindre tous les territoires de notre planète, puis se sédentariser et se lancer à la conquête du monde de l’imaginaire.
Il découvre l’art, la magie et les mondes invisibles. La nature le met toujours au défi : cataclysmes, changements climatiques et géologiques. Plusieurs fois, il perd tout, mais il trouve toujours un moyen de survivre, de mieux comprendre notre planète et d’aller au-delà de ses limites.
Son cerveau se développe et se ramifie jusqu’à des niveaux vertigineux. Cet homme sage, homo sapiens, devient un fabuleux penseur.
Il fixe son espace, le délimite et invente la propriété, la famille, la défense du territoire, la vie conjugale, le travail, l’agriculture. Quand il se regroupe dans des villages, homo sapiens voit aussi apparaître un fléau invisible : le virus, la contamination, l’épidémie. Avec l’expansion démographique, il s’organise et crée des sociétés. Puis il se lance dans la domestication des animaux qui va renforcer son pouvoir sur les éléments. Il devient tellement puissant qu’il ne peut plus penser qu’il est issu de la nature. Il crée le divin pour expliquer sa genèse. Et ce divin va l’exalter et l’amener à immortaliser sa présence par des oeuvres magistrales, tombeaux, monuments dédiés aux dieux…. Et il invente l’écriture, l’architecture, la médecine…
Quelle est sa véritable histoire ? Comment les migrations se sont-elles produites ? Comment les continents se sont-ils peuplés ? Quelle est l’origine des multiples inventions faites par sapiens. Comment ces inventions se sont-elles propagées ? Voici le grand voyage, sur tous les continents, où chaque étape est un des grands moments qui ont jalonné son histoire…



3* 52 minutes

HOMO SAPIENS : La naissance d’un nouvel homme
Il y a trois cent mille ans, une nouvelle espèce d’hommes voit le jour : Homo Sapiens .Comment est-il arrivé, quelles sont ses origines, quelles sont les conditions qui ont favorisé sa naissance ? S’agit-il d’une souche unique ou est-il né à plusieurs endroits ? Qu’est-ce qui le différencie de ses ancêtres ? Quelles sont les premières grandes découvertes d’Homo Sapiens ? Que nous racontent les premières sépultures ? Naissance des croyances, découverte des mondes invisibles : comment Sapiens devient un formidable créateur d’imaginaire ?

HOMO SAPIENS : Il conquiert le monde
Il y a 100 000 ans, Sapiens va explorer et peupler quasiment tous les territoires de la planète. Il traversera les océans et les montagnes. Qu’est ce qui le pousse à aller toujours plus loin ? Quels sont les peuples qu’il rencontre ? Comment naissent les différents morphotypes (couleur de la peau, structure des cheveux, forme des yeux) ? La découverte de l’Australie, les hypothèses du peuplement de l’Amérique, la rencontre avec Neandertal en Europe. L’invention de la grande chasse organisée. La naissance d’une nouvelle forme d’organisation sociale, la disparition de Neandertal.

HOMO SAPIENS : Il domestique la nature
La naissance de l’art, l’unification des tribus en peuples, le grand réchauffement climatique, la naissance de la sédentarité, les premiers villages, la découverte de l’agriculture, de l’élevage et de l’écriture. Le début de l’Histoire et la naissance de la société moderne


Yves Coppens

Directeur et professeur au Museum National d’histoire naturelle, titulaire de la chaire de paléoanthropologie et préhistoire du Collège de France, Yves Coppens a apporté la caution scientifique au scénario d’Homo Sapiens. Entretien avec celui qui côtoie notre ancêtre depuis plusieurs dizaines d’années.

L’oeil de l’expert

Afin de pouvoir raconter l’histoire d’Homo Sapiens, il faut obligatoirement partir des connaissances scientifiques actuelles. Nous avons organisé plusieurs réunions avec Jacques Malaterre et son équipe de scénaristes pour qu’ils puissent se familiariser avec le sujet. Je venais parfois accompagné d’experts, spécialisés dans des domaines très pointus, afin qu’ils aient la vue d’ensemble la plus large et la plus précise possible de ce qu’était Homo Sapiens. En science, on distingue trois étapes dans l’apprentissage de la connaissance : les données, retrouvées sur des sites de fouilles, qui ne prêtent pas lieu à une quelconque interprétation. La deuxième phase est plus interprétative, mais garde une portée scientifiquement avérée. Au-delà de ces deux éléments, on peut parler de spéculation. Elle comporte plusieurs paliers : nous, scientifiques, nous nous permettons parfois d’y avoir recours, dans la mesure où les hypothèses élaborées restent plausibles.
En juillet 2003, nous avons, avec Frédéric Fougea, collaboré de manière très étroite. Au cours de nos séances de travail, nous avons mis en exergue les événements incontournables de la vie de l’Homo Sapiens. L’idée directrice étant, pour un scientifique, de faire passer le message de l’homme et de son comportement.
Une fois nos connaissances transmises, les scénaristes se sont mis au travail. Ils ont développé les petites histoires qui se sont transformées en tournants pour l’humanité. Le scénario a subi différentes vicissitudes, différentes phases, et je suis resté actif tout au long de son élaboration, le plus souvent pour validation. J’ai relu et biffé l’histoire pour retirer les anachronismes et les éventuelles méprises. Ce processus s’est répété pour les storyboards. Toujours pour rester dans la mesure du vraisemblable : est-ce qu’ils chassaient les animaux de cette manière ? Est-ce qu’ils osaient attaquer de gros bestiaux ? Avaient-ils déjà des bijoux ? Certains éléments indispensables, pour la crédibilité, devaient être sans cesse vérifiés. Mais, une fois le tournage commencé, il faut savoir laisser l’artiste voler de ses propres ailes. Jacques Malaterre a été seul maître à bord pour la réalisation et la direction d’acteurs. Cela a été une vraie chance de travailler avec lui et l’équipe qui l’entoure. L’ambiance fut conviviale, ce qui n’a pas empêché le sérieux, la précision et la concentration. Jacques Malaterre est un fantastique réalisateur, qui n’hésite pas à se montrer sévère quand la situation l’exige. De mon côté, je ne montrais pas non plus de complaisance en corrigeant un texte.

Mais qui est Homo sapiens

Ce qui caractérise en premier lieu Homo Sapiens, c’est son besoin incessant de voyager. Il a la bougeotte. Cette attitude correspond à une curiosité à assouvir, à une envie d’en savoir toujours plus. Il accomplit des progrès fulgurants dans le domaine technique, mais aussi dans celui de la pensée et du développement de son imaginaire. Ce qui explique que le film traite de peinture, de gravure, de métaphysique et de réflexion sur la mort. Le monde d’Homo Sapiens s’agrandit et s’élargit, géographiquement et psychologiquement. J’ai un « petit copain », Hubert Reeves, qui me reprend systématiquement lorsque je prononce le mot « progrès ». J’ai énormément réfléchi à la question et je reste sur ma position : l’homme, tout au long de son histoire, a fait beaucoup de progrès. Et ceux d’Homo Sapiens sont particulièrement remarquables.

Science et fiction : les liaisons dangereuses ?

La diffusion de L’Odyssée de l’Espèce a provoqué de nombreuses discussions dans le milieu scientifique. Certains puristes ne franchiront jamais les limites de la rigueur scientifique. Cette position est parfaitement louable. Pour ma défense, je répliquais alors que la réalisation d’un film comme L’Odyssée de l’Espèce revenait à convoquer plus de huit millions de personnes dans un amphithéâtre
et de les tenir suffisamment en haleine pendant quatre-vingt-dix minutes pour qu’aucune ne sorte avant la fin. Pour Homo Sapiens, j’ai tenté, dans la mesure du possible, d’atténuer ce grand écart
entre la rigueur de la science et le pouvoir d’interprétation de la fiction. Bien sûr, cela implique quelques raccourcis, mais il faut savoir ce que l’on veut. Avec L’Odyssée de l’Espèce et Homo Sapiens, les téléspectateurs ont l’incroyable occasion de découvrir, souvent pour la première fois, l’histoire de leurs origines et de leurs ancêtres. C’est à eux que ces films sont destinés. Un documentaire plus pointu scientifiquement engendrera, certes, moins de critiques, mais le public atteint, sera de toute évidence, beaucoup plus restreint. Je me suis donc jeté à bras le corps dans ces deux aventures et j’y ai trouvé mon bonheur. Le grand écart ne me fait pas peur. Lorsque j’ai découvert à l’écran les comédiens qui interprètent les Homo Sapiens, j’ai cru les reconnaître. Je me suis dit que je les avais déjà vus quelque part. Mon métier me met souvent aux prises avec des cailloux, des os, des outils… A partir de ces objets, nous tentons de reconstituer une situation, un paysage, un type d’homme ou d’activité. Et, à partir de cette reconstitution, nous pouvons nous permettre d’imaginer. Mais, dans un film, impossible de se contenter d’une image rapide ou succincte. Et Jacques Malaterre est allé beaucoup plus loin que moi. A titre d’exemple, j’ai toujours été persuadé qu’Homo Sapiens chassait le mammouth. Des dizaines d’étudiants ont tenté, à coup de thèses, de me dissuader, et c’est la scène de chasse du film qui m’a renvoyé à cette possibilité. J’ai trouvé très intéressant la manière dont Homo Sapiens, Neandertal et Cro Magnon tuent le mammouth en l’isolant du troupeau. Ils unissent leurs forces et, soudain, la taille de l’animal ne paraît plus insurmontable. Alors, pourquoi pas ? Le mérite majeur d’Homo Sapiens est d’inciter le public à faire connaissance avec son ancêtre. Ancêtre qui, grâce aux techniques modernes et à la ténacité de l’équipe du film, nous semble à la fois lointain et étrangement proche.


Jacques Malaterre

Pour raconter l'histoire de notre ancêtre, l'Homo Sapiens, Jacques Malaterre, réalisateur, a parcouru cent mille kilomètres, auditionné neuf cents comédiens sur plusieurs continents et consacré un an à l'écriture du scénario et une autre année au tournage. Un travail de longue haleine où se mêlent rigueur scientifique et créativité artistique. Entretien.

La petite et la grande histoire

L'écriture du scénario d'Homo Sapiens débute forcément par toute une série de questions : comment est-il apparu ? Quels ont été les grands rendez-vous qui l'ont façonné durant 250 000 ans ? Yves Coppens, et ses collaborateurs, ont servi de guide à l'équipe de scénaristes. Bien sûr, nous nous étions documentés et nous étions déjà sensibilisés au sujet mais, malgré toute notre bonne volonté, les cinquante ans d'expérience et de connaissances d’Yves Coppens sont inégalables. Au fur et à mesure de nos rencontres, nous avons dégagé les sept grands tournants qui ont marqué la vie et l'évolution d'Homo Sapiens : sa naissance d'Homo Erectus, sa découverte d'un monde après la mort, qui correspond au développement de son imaginaire ; la rencontre avec Neandertal après une traversée des Alpes et le premier échange culturel ; la découverte de la mer, qu'il conceptualise comme une rivière qu'il cherche à traverser, ce qui le mènera jusqu'en Australie ; sa cohabitation, pendant plusieurs milliers d'années, avec Neandertal qui débouche sur la mise au point de chasses organisées pour piéger les mammouths et les autres grands animaux ; l'explosion de l'art rupestre à l'intérieur des cavernes qui permet à différents clans de communiquer et d'échanger, sans même se connaître, et enfin la découverte de l'agriculture et de l'élevage qui, vers l'an -12 000, le conduiront à se sédentariser. Le film s'arrête avant l'invention de la notion de propriété et le début des ennuis... Scientifiquement avérés et cautionnés par Yves Coppens, ces grands rendez-vous donnent le signal de départ à l'aspect fictionnel du film.
La petite histoire dans la grande. Entre alors en jeu l'imagination, la part de rêve. Quelle tranche de vie a permis à Homo Sapiens de franchir cette évolution ? J'imagine que je remonte le temps avec ma caméra et que je rencontre un clan, avec lequel je vis une journée, une semaine ou un an, et que c'est justement dans ce clan-là que la petite histoire va créer un événement majeur. Nous avons tenté de capter par l'artistique, la dramaturgie, ce qui a bien pu se passer à l'intérieur de ce clan. Le scénario se transforme alors en fiction puisque nous faisons appel à l'imagination. Mais nous soumettons cette phase imaginaire aux scientifiques, afin de rester dans les limites du possible. L'échange entre le scientifique et l'artistique devient alors très enrichissant : ce sont les scénaristes qui, cette fois, promènent les scientifiques dans des sphères de pure imagination où la science leur interdit d'aller.

Une mise en scène complexe

Homo Sapiens ne balaye pas un spectre aussi large que celui de L'Odyssée de l'espèce. C'est un focus sur notre ancêtre commun. Mais l'évolution d'Homo Sapiens se situe principalement dans son cerveau, et non pas sur un acte matériel, comme la découverte d'un outil. Et Homo Sapiens commence à se répandre sur la surface du globe : non seulement, ils sont de plus en plus nombreux mais, en plus, ils ne cessent de voyager. Je tenais à trouver des décors qui bouleversent les yeux et le coeur et qui donnent une place très forte à la nature. La nature devient un acteur à part entière du film : Homo Sapiens vit dans et avec la nature. Après 100 000 kilomètres de repérage en Europe, aux Etats-Unis et en Afrique, nous avons trouvé les décors que nous cherchions, ce qui impliquait parfois des héliportages, des nuits en refuge, des heures de 4X4... L'histoire et le scénario ont dû, comme Homo Sapiens, vivre avec la nature et l'écouter. Ce qui n'a pas toujours facilité les conditions de tournage pour les équipes et les comédiens.

Difficile d’incarner Homo sapiens !

Je me suis montré très exigeant envers les comédiens : Homo Sapiens nous ressemble de plus en plus et pourtant il doit rester préhistorique. Le jeu n'en devient que plus subtil. Mais quand on demande à un comédien de jouer un homme préhistorique, 95 % 'entre eux interprètent une sorte d'abruti qui se promène dans un monde qu'il ne connaît pas. Alors qu'Homo Sapiens fait partie intégrante de son environnement. Il vaudrait mieux se perdre en forêt avec un Homo Sapiens plutôt qu'avec le meilleur explorateur du XXe siècle : il a porté la vie jusqu'à nous car sa seule motivation a été justement la transmission de la vie. Je me suis appuyé sur mes dix ans d'expérience en tant qu'éducateur pour leur expliquer que, contrairement à nous, Homo Sapiens utilise tous ses sens, un peu comme un nouveau-né. Il n'est pas encore inhibé par la culture. Il fallait qu'ils puissent revenir à l'essence même de l'homme. Et, bien sûr, des critères physiques rentraient aussi en ligne de compte : je ne pouvais pas engager des comédiens qui flirtaient avec l'obésité ou qui étaient trop bodybuildés ! Toutes ces conditions expliquent le nombre imposant de comédiens et de non-comédiens — neuf cents au total — qu'il a été nécessaire d'auditionner pour sélectionner les cent cinquante qui ont participé au film. Je leur ai demandé d'être et de devenir : il fallait qu'ils vivent pleinement l'aventure avec nous. Pendant la semaine de répétition, ils ont appris à libérer leur corps, leur parole, à communiquer entre eux avec le langage préhistorique que nous avons inventé, pour créer un groupe, une énergie qui leur permette de trouver en eux une « fibre Sapiens », souvent profondément enfouie. Afin d'éviter tout problème d'ego, nous répétions les scènes sans que les personnages soient définitivement attribués.
Personne ne savait s'il allait être premier rôle ou figurant. C'est l’un des aspects singuliers du film : j’ai eu le même degré d’exigence pour tous les comédiens. Si un figurant qui apparaît au second plan n’est pas « préhistoire », il tue la scène. Il fallait également les préparer psychologiquement : à aucun moment, je ne les ai fait rêver. J’ai commencé les séances de casting en tentant de les décourager : ils n’allaient pas être reconnus, allaient finalement tourner peu de scène et se mettre au service de leurs ancêtres. Sous des peaux de bêtes malodorantes, après quatre heures de maquillage et dans des conditions météorologiques souvent très difficiles...

Prise de risque sur le tournage

Sur le tournage, j’ai besoin d’être en osmose totale avec les comédiens. Hors de question de regarder mon film prendre forme à travers un retour vidéo. J’ai besoin d’être dans l’histoire, de leur transmettre mon énergie. Je rentre physiquement dans le film. Je les dirige beaucoup à la voix pour qu’ils ne tombent pas dans des pièges d’interprétation facile. Ils ne savaient pas très bien où les scènes allaient les mener. Un peu comme dans la vie. Les conditions climatiques et l’évolution du scénario ne m’ont pas laissé l’occasion de m’installer dans un confort ouaté. Bien qu’Homo Sapiens requiert une ingénierie très lourde, il faut être très souple sur le plateau pour retrouver une écriture documentaire. Je n’ai fait aucun travelling, aucun mouvement de grue car ce ne sont pas des pratiques documentaires. La force des acteurs, la mise en danger technique — j’ai demandé à mon chef opérateur Martial Barrault de travailler presque sans lumière mais de pousser au maximum ses connaissances sur la chimie de la pellicule afin d’obtenir de vrais partis-pris lumière — ne répondaient qu’à un seul objectif : que l’écriture caméra soit vraie et que l’acteur joue la vérité du moment.


Louis Dandrel

Musicien, directeur de l’unité de design sonore de l’IRCAM, Louis Dandrel compose avec Homo Sapiens sa première musique de film. Une expérience qu’il qualifie de « pugilat-bonheur. » Il faut dire que le défi était de taille. Comment récréer une musique et une bande sonore au plus près d’une réalité aussi lointaine dont il ne reste aucune trace, tout en s’adaptant à l’oreille du téléspectateur d’aujourd’hui ? Entretien.

Tout a commencé lorsque Jacques Malaterre, que je connais depuis une quinzaine d’années, m’a proposé de composer la musique de son prochain film. Au vu de ma grande inexpérience, je lui ai demandé le scénario : l’histoire d’Homo Sapiens est extraordinaire ! Le film ne pouvait être qu’hors du commun : c’est une traversée du temps qui parle de nous, de la famille humaine. Et, un musicien ne peut s’empêcher de se demander, de prime abord, comment l’Homo Sapiens écoutait, quel était son environnement sonore, quel langage il utilisait… Un univers entier était à inventer. La première phase de travail a consisté à réunir toute la documentation possible et à rencontrer de nombreux archéologues et musicologues : il fallait avoir l’approche la plus scientifique possible de la musique et des sons. Tout en gardant une part de rêve et en se laissant envahir par cet univers inconnu pour réveiller une improbable mémoire préhistorique, une stimulation auditive enfouie au fond de soi. J’ai ainsi composé des maquettes qui ont été diffusées sur les plateaux de tournage, afin que les acteurs et les figurants s’imprègnent de cette ambiance sonore particulière. L’une des étapes les plus délicates a été la recherche de voix : quelle voix peut prendre en charge ce monde d’étrangeté où évoluent des « hommes » qui n’ont pas le même langage que le nôtre ? Mais j’ai eu la chance de faire quelques belles rencontres… Et, quand arrivent les images, débute alors la seconde phase de travail, celle de la composition proprement dite. J’ai ressorti mes crayons et mon papier pour écrire les thèmes qui vont porter l’histoire, ainsi que les harmonies et tout le travail d’orchestration. Jacques Malaterre, qui tenait dès le départ à ce que la musique soit un élément narratif à part entière, a été très présent : il ne parle pas le langage des musiciens, mais il sait remarquablement écouter et a un sens inouï de la relation entre un son et une image. La musique d’Homo Sapiens n’est pas une musique de confection, c’est du sur mesure : elle a été composée image par image, plan par plan. Quand je composais, j’entendais le souffle des clans qui se déplacent. S’ils n’avancent pas, ils meurent. Et la musique fait de même : elle avance sans cesse. Pour obtenir un résultat final homogène, la musique se devait d’intégrer le monde sonore de l’Homo Sapiens. Le véritable défi a été de trouver une alchimie entre des envies de sons très bruts, sauvages et primitifs et une nécessaire adaptation aux oreilles es téléspectateurs du XXIe siècle. J’ai passé des nuits entières de pur bonheur à écrire et peaufiner les partitions, mais c’était aussi un combat permanent pour trouver les bons timbres et les bons registres. D’où une impression, une fois l’aventure achevée après un an de travail, de bonheur mêlé de pugilat.



Pierre Pelot : "la parole est à Sapiens"

L’écrivain Pierre Pelot a rejoint l’équipe de scénaristes de Homo sapiens avec une mission bien précise : donner la parole à nos ancêtres. Il a ainsi créé des langues à part entière, fruits de son imagination et de données scientifiques.
le langage : un facteur d’évolution Pour créer le langage de Neandertal et de Sapiens, je me suis servi d’une base de données que j’avais élaborée, avec la collaboration de Yves Coppens, pour Sous le vent du monde, une série de cinq romans préhistoriques qui racontait l’évolution de l’homme durant le paléolithique. Ce matériel linguistique a été mon point de départ pour Homo sapiens.
Deux facteurs essentiels déterminent la création du langage : l’environnement et l’anatomie. J’essaye de me mettre à la place de Sapiens et de Neandertal, d’imaginer leur vie quotidienne. Même si c’est un langage primaire, il sert de repère et de code. Pourquoi nommer telle chose plutôt qu’une autre ? Quels sont les critères déterminants ? Va-t-on nommer un animal parce qu’il peut se transformer en nourriture ou parce qu’il représente un danger potentiel ? Homo sapiens vit en symbiose avec la nature, mais il faut garder en tête que ses manifestations restent un mystère pour lui. Un orage, par exemple, devait lui sembler terrifiant, mais le simple fait de le nommer est une façon de se l’approprier, de l’apprivoiser et, finalement, de se rassurer. Le langage n’est pas uniquement un outil de communication, c’est également un facteur primordial d’évolution.
Et le langage de Sapiens a évolué avec lui. Au fur et à mesure des progrès accomplis, il s’est nuancé et complexifié.
Son environnement sonore devait forcément avoir une influence sur les sons qu’il produisait. De même que son anatomie. Lorsque j’établissais un glossaire néandertalien, je me suis rendu compte que, morphologiquement, il lui était impossible de prononcer certains sons, ce qui le différenciait de Sapiens. Sa cavité buccale l’empêchait de prononcer le son «a», ce que m’a confirmé Yves Coppens. J’ai donc revu son langage en supprimant la majorité des voyelles et en éliminant le «a»...
Homo sapiens : de l’écrit à l’oral
La base de données que j’avais rassemblée a été énormément retravaillée : elle était destinée à l’écrit, et le passage à l’oralité, à la reconstitution sonore pour le film, a représenté la majeure partie de mon travail. Jacques Malaterre et Frédéric Fougéa me transmettaient les synopsis, les découpages des scènes, afin que je puisse affiner les mots et les dialogues de chaque scène. Jacques est venu à la maison et, pendant une semaine, nous avons travaillé les nuances et les sonorités. Evidemment, nous n’avons pas pu insérer toutes nos trouvailles, mais cette phase de recherche était particulièrement amusante. J’ai même écrit une chanson en « sapiens » et, si, a priori, elle paraît incompréhensible, je vous assure qu’elle a une vraie signification !

Fiche technique

1 X 90 minutes / 3X 52 minutes
Réalisation : Jacques Malaterre
1x30 minutes – Making Of
Réalisation : Patrick Glaize
Produit par Barthélémy et Frédéric Fougea
Sous la direction scientifique du professeur Yves Coppens
Scénaristes : Jacques Malaterre- Fréderic Fougea - Pierre Pelot
Musique : Louis Dandrel
Une production : France 3 / Boréales / Pixcom/
Coproduite avec : France 5 / TSR (Suisse)/ ZDF (Allemagne) /
Télé-Quebec / CBC (Canada) / RTBF (Belgique) / To Do Today
(Belgique) / Discovery Channel (USA) / Tang Media (Chine) /
Melchior Studio (Russie) / Mac Guff Ligne.
En association avec : Transparences / 17 Juin Productions / Sagrera
(Espagne) / TVE (Espagne) / Slovak TV (Slovaquie) / Planète / TV5
Et la participation de France Télévisions Distribution et Cofimage 16
Avec le soutien du CNC / MEDIA / PROCIREP / ANGOA
Diffusé sur France 3, début 2005 à 20h55

Un budget de 3,7 millions d’euros pour
une coproduction internationale
4 mois de tournage en Afrique du Sud,
Suisse, Chine, France, Israël , USA
Royaume-Uni, Allemagne et Canada en
décors naturels.
156 comédiens
5 heures de maquillage par jour
40 techniciens
Des moyens techniques alliant 3D, SFX,
prosthétic et animaux vivants